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Peut-on réellement supprimer un souvenir traumatique de notre mémoire ?

Selon CORDIS, le projet européen « Remote memory traces » a permis d’identifier, chez la souris, les neurones associés au stockage et au désapprentissage de souvenirs traumatiques.

Peut-on réellement supprimer un souvenir traumatique de notre mémoire ?

Cette avancée relance une question qui revient souvent en cabinet : lorsqu’un souvenir continue de peser sur le présent, peut-on réellement l’effacer ? La réponse actuelle est plus nuancée, et surtout plus rassurante qu’une promesse de disparition instantanée : les chercheurs parlent plutôt de modifier l’association traumatique qui accompagne le souvenir.

Le souvenir ne disparaît pas comme un fichier

Face à une expérience douloureuse, beaucoup de personnes espèrent pouvoir retirer une image, une sensation ou une scène de leur esprit, comme on supprimerait un élément devenu indésirable. Mais que cherchons-nous exactement à faire disparaître : le souvenir lui-même, ou la réaction automatique qu’il déclenche encore aujourd’hui ?

Le travail présenté par CORDIS s’intéresse à cette distinction. Chez la souris, les chercheurs ont repéré les cellules cérébrales activées par un souvenir traumatique précis, des cellules que les scientifiques appellent des « cellules engrammes ». Elles constituent une trace liée à l’apprentissage ou à l’expérience vécue.

Les expériences ont ensuite montré que le « désapprentissage » du souvenir s’effectuait dans ces mêmes cellules. Autrement dit, le processus ne concernerait pas une zone vague et indistincte du cerveau, mais les cellules associées à la trace mnésique étudiée. Les chercheurs précisent toutefois qu’il serait plus juste de parler d’effacement de l’association avec l’événement traumatique, plutôt que d’une suppression pure et simple du souvenir.

Cette précision change beaucoup de choses dans la manière de comprendre la nouvelle. Une personne peut parfois continuer à savoir ce qui s’est passé, tout en n’étant plus emportée par la même peur, la même tension ou la même alerte intérieure.

Une avancée observée chez la souris, pas une méthode disponible pour l’humain

Dans le cadre du projet « Remote memory traces », l’équipe de Johannes Gräff, chercheur au Brain Mind Institute de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, a pu introduire chez la souris un interrupteur moléculaire dans les cellules engrammes. En le désactivant, elle a fait disparaître le souvenir étudié chez l’animal.

La transposition à l’être humain est cependant présentée comme infiniment plus complexe. La thérapie génique pourrait, en théorie, permettre d’activer ou de désactiver certains neurones, mais les chercheurs soulignent qu’il serait actuellement impossible de garantir que le bon souvenir, et uniquement celui-là, serait ciblé. Cette approche n’est donc pas envisageable à ce stade.

Pour nous qui accompagnons des personnes dans leur cheminement, cette limite est essentielle à garder en tête. La découverte ne signifie pas qu’une séance d’hypnose, une technique de relaxation ou un traitement disponible aujourd’hui puisse effacer à volonté un souvenir précis. Elle montre plutôt que les souvenirs peuvent être étudiés comme des traces susceptibles d’évoluer, et non comme des blocs définitivement figés.

Ce que cette recherche peut changer dans l’accompagnement

Les travaux de Johannes Gräff cherchent notamment à approfondir le désapprentissage des événements traumatiques, afin d’examiner si des traitements médicamenteux sûrs pourraient renforcer les effets de la thérapie d’exposition. L’objectif évoqué n’est pas de réécrire toute l’histoire d’une personne, mais de l’aider à affronter un souvenir traumatique et à tourner la page.

Dans la pratique, cette distinction peut devenir un véritable point d’ancrage. Au lieu de se demander : « Comment supprimer ce souvenir ? », il peut être plus fécond d’explorer : « Comment faire pour que ce souvenir ne gouverne plus mes réactions ? » La question ouvre un espace différent, moins centré sur la lutte contre la mémoire, davantage orienté vers la perception du présent.

Il reste prudent de rappeler que les résultats rapportés concernent des souris, et que les applications humaines ne sont pas disponibles. Mais cette recherche apporte un éclairage intéressant : le cerveau semble pouvoir apprendre autrement, y compris autour d’une expérience traumatique. Pour la personne qui souffre, le cheminement ne consiste donc pas nécessairement à nier ce qui a eu lieu, mais à débloquer peu à peu l’emprise de l’association traumatique, avec un accompagnement adapté et sans promesse de miracle.