
Le Cercle Asclépios-santé pour tous vient de publier une contribution qui parle directement à ce que nous observons en cabinet: neuf propositions pour repenser la politique de santé mentale, articulant prévention, repérage, soins, accompagnement, recherche, innovation et inclusion. Car derrière chaque demande qui franchit la porte d'un cabinet d'hypnose ou de thérapie brève, il y a souvent ce même constat d'un parcours tardif, quand le mal-être a déjà eu le temps de s'enraciner. Le think tank, qui prépare une plateforme santé d'ici fin 2026 dans la perspective des échéances électorales de 2027, entend justement désenclaver ces trajectoires.
Prévenir plutôt que colmater
La première série de propositions dessine une politique de prévention primaire ambitieuse et intersectorielle. On y retrouve des axes qui résonnent fortement avec notre clinique: agir sur les déterminants de la santé mentale dès le plus jeune âge, former les jeunes et les personnels éducatifs aux compétences psychosociales, promouvoir l'activité physique, lutter contre les troubles du sommeil, réduire l'usage excessif des écrans, combattre l'isolement social. Autant de portes d'entrée que nous voyons s'ouvrir, en cabinet, derrière des demandes en apparence très différentes — fatigue diffuse, ruminations, sommeil haché, tensions qui ne trouvent plus où se déposer.
Le cercle propose aussi de renforcer l'attractivité de la pédopsychiatrie, de généraliser les programmes de détection et d'intervention précoce pour la tranche 12-25 ans, et de soutenir des cohortes de recherche dédiées à l'adolescence cérébrale. Côté premier recours, l'enjeu est de développer massivement les soins collaboratifs entre médecin généraliste, infirmier spécialisé et psychiatre référent, ainsi que l'accès à un avis psychiatrique via la télé-expertise ou des lignes directes d'appel.
Ouvrir le champ, dépasser le stigmate
Deuxième axe fort: la lutte contre la stigmatisation, avec le déploiement de campagnes d'information ciblées, la poursuite des Premiers secours en santé mentale (PSSM), et la systématisation de cartographies territoriales permettant d'identifier les structures existantes et leurs conditions d'entrée. Pour le praticien que je suis, ce dernier point change beaucoup de choses: combien de patients arrivent en nous disant qu'ils ne savaient tout simplement pas vers qui se tourner?
Dans le même mouvement, la 37e édition des Semaines d'Information sur la Santé Mentale (SISM 2026), dont la Fédération des Acteurs de la Solidarité a officialisé le programme national, met justement en avant l'apport de la créativité et des thérapies médiatisées — art-thérapie, techniques de relaxation, ateliers de médiation thérapeutique — auprès des publics vulnérables. Une manière de rappeler que le soin psychique ne se réduit jamais à un protocole unique.
Un signal à observer de près
Ces propositions restent, pour l'heure, une contribution au débat public. Le Cercle Asclépios-santé pour tous indique vouloir associer, d'ici fin 2026, l'ensemble des acteurs publics et privés de la santé autour de sa plateforme. Pour nous, praticiens du champ hypnotique et des thérapies brèves, c'est un signal discret mais précieux: la manière dont la prévention primaire intègre — ou non — les approches complémentaires dessine, en filigrane, le paysage dans lequel nos patients viendront chercher un premier appui. Alors, comment allons-nous, à notre niveau, faire entendre que l'hypnose, la relaxation, la médiation thérapeutique ne sont pas des à-côtés, mais des chemins de soin à part entière?