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Santé mentale : les dangers de la banalisation du vocabulaire psychiatrique

Selon Radio Classique, plusieurs termes issus de la médecine et de la psychiatrie sont aujourd’hui employés dans la conversation courante au point de perdre leur sens précis.

Santé mentale : les dangers de la banalisation du vocabulaire psychiatrique

Dire qu’un film nous a « traumatisés », qu’une situation est « schizophrénique » ou qu’une personne est « bipolaire » peut sembler anodin, mais ces mots renvoient à des réalités cliniques qui ne se résument ni à une contrariété, ni à une hésitation, ni à un changement d’humeur. Pour celles et ceux qui s’intéressent à la santé mentale, à l’hypnose ou aux thérapies brèves, cette question de vocabulaire n’est pas secondaire: les mots orientent la manière dont nous percevons ce que nous vivons, et la manière dont nous osons en parler.

Quand un mot perd son ancrage

Il existe une impasse que nous rencontrons souvent dans notre rapport à la souffrance: vouloir nommer très vite ce qui nous traverse, parfois avec un terme fort, parce qu’il semble mieux traduire l’intensité du moment. Mais que se passe-t-il lorsque tous les désagréments deviennent des « traumatismes », lorsque toute situation contradictoire est qualifiée de « schizophrénique », lorsque toute variation émotionnelle devient une « bipolarité »?

Le mot « traumatisé » est particulièrement révélateur. Dans le champ médical et physiologique, le trauma désigne une blessure physique grave ou un choc psychique profond, susceptible de laisser une trace durable sur le système nerveux. L’utiliser pour parler d’un film décevant ou de blagues qui nous ont déplu revient à placer sur le même plan des expériences qui ne portent pas le même poids. Selon le sujet de Radio Classique, cette banalisation peut rendre plus difficile la parole de celles et ceux qui vivent réellement une situation traumatique: comment être entendu lorsque le mot a déjà été vidé de sa force?

La précision n’est donc pas une froideur, encore moins une manière de minimiser ce que nous ressentons. Elle peut devenir un véritable ancrage. Dire « cela m’a bouleversé », « cette scène m’a marqué » ou « je me suis senti très mal à l’aise » permet de reconnaître l’émotion sans s’approprier un terme médical qui désigne autre chose.

Distinguer l’émotion, l’inquiétude et le trouble

Le même déplacement apparaît avec le mot « schizophrénique », parfois utilisé pour décrire une situation dans laquelle nous nous sentons partagés. Or, rappelle la source, il s’agit d’un terme médical, qui ne devrait pas servir à qualifier une contradiction ordinaire ou une décision difficile. Nous pouvons être ambivalents, hésiter, percevoir deux aspects opposés d’une situation, sans que cela corresponde à ce terme.

La « bipolarité », elle aussi, ne devrait jamais devenir une insulte. Le sujet de Radio Classique rappelle qu’il s’agit d’une maladie mentale qui nécessite un traitement et, surtout, du respect. Employer ce mot pour parler d’une personne qui s’énerve, change d’avis ou manifeste des émotions variables contribue à enfermer quelqu’un dans une étiquette, sans rien expliquer de ce qu’il traverse réellement.

La distinction entre « anxiété » et « inquiétude » mérite également notre attention. Dans le texte relayé par Radio Classique, l’anxiété est présentée comme un trouble caractérisé et invalidant. Ainsi, dire « je suis anxieux à l’idée de ce dîner » ne décrit pas nécessairement une anxiété au sens psychiatrique: il peut s’agir d’une inquiétude, d’une appréhension ou d’une tension avant un événement. Ces nuances ne sont pas là pour corriger brutalement notre langage, mais pour nous aider à percevoir plus justement notre état intérieur.

Une pratique simple pour changer notre regard

Que pouvons-nous faire, concrètement, lorsque nous nous surprenons à employer ces mots? D’abord, ralentir légèrement, comme nous le ferions dans un cheminement thérapeutique, afin d’observer ce que nous cherchons réellement à dire. Est-ce une peur avant un événement, une inquiétude persistante, une réaction de surprise, un sentiment d’être partagé? Le mot le plus spectaculaire n’est pas toujours celui qui décrit le mieux l’expérience.

Nous pouvons ensuite remplacer le diagnostic improvisé par une phrase centrée sur le vécu: « je me sens dépassé », « cette situation me met sous pression », « je ne sais pas quelle décision prendre », « cette remarque m’a profondément atteint ». Cette manière de parler ne nie pas la souffrance, elle la rend plus accessible, plus personnelle, parfois plus facile à entendre pour l’autre.

D’autres publications récentes citées dans le même ensemble de sources portent sur la santé mentale des jeunes et sur les habitudes ou rituels évoqués pour les sportifs. Ces thèmes rappellent combien la santé mentale circule désormais dans les conversations publiques, les interviews et les podcasts. Plus elle devient visible, plus notre responsabilité collective consiste à préserver la justesse des mots.

Changer son vocabulaire ne transforme pas, à lui seul, une situation difficile. Mais ce changement peut ouvrir un espace, débloquer une parole, éviter une étiquette trop rapide. Et si, ce soir, nous commencions simplement par nous demander: qu’est-ce que je ressens exactement, avant de chercher le mot le plus fort?