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Rachel Bocher : le combat d'une psychiatre pour une santé mentale collective

Ce paradoxe, qui n'étonnera aucun praticien de l'écoute, traverse de part en part le portrait que France 3 Régions consacre à Rachel Bocher, figure discrète mais incontournable de la psychiatrie hospitalière française.

Rachel Bocher : le combat d'une psychiatre pour une santé mentale collective

On n'a jamais autant parlé de santé mentale, et pourtant quelque chose, dans la façon dont nos adolescents habitent leur propre corps, semble se dérober sous les mots. Ce paradoxe, qui n'étonnera aucun praticien de l'écoute, traverse de part en part le portrait que France 3 Régions consacre à Rachel Bocher, figure discrète mais incontournable de la psychiatrie hospitalière française.

À 72 ans, la cheffe du service de psychiatrie du CHU de Nantes n'a rien d'une thérapeute de salon. Née en Tunisie en 1954, arrivée à Nantes avec ses parents au lendemain de l'indépendance, elle choisit très tôt la médecine — d'abord la dermatologie, puis la psychiatrie, et surtout l'hôpital public plutôt que le cabinet libéral. Un choix qu'elle assume pleinement, parce qu'il permet, selon ses propres mots, de continuer à pratiquer « dans le sens du souci de l'autre », en équipe, avec cette liberté d'initiative qu'aucune installation solitaire ne peut offrir.

L'hôpital comme lieu de circulation

Ce qui frappe, quand on lit son parcours, c'est cette conviction que le soin ne se déploie jamais dans l'isolement. La psychiatrie qu'elle défend est une psychiatrie du collectif soignant — une discipline où l'on ne peut rien seul, où la moindre consultation engage une équipe, une institution, une histoire partagée. On retrouve ici quelque chose que nous connaissons bien dans nos cabinets d'hypnose ou de neurofeedback: la relation thérapeutique n'est jamais un face-à-face clos, elle s'inscrit dans un écosystème plus large, fait de pairs, de regards croisés, d'alliances invisibles.

Rachel Bocher le formule avec une franchise qui désarme: elle décrit les moments difficiles de son métier comme « l'épée dans les reins » qui pousse parfois à avancer. Pas de romantisme du soin, pas d'héroïsation facile — mais une endurance lucide, nourrie par la conviction que l'institution hospitalière, malgré ses lourdeurs, reste le lieu où l'on peut encore prendre le temps d'écouter.

L'engagement syndical, ou la politique comme prolongement du soin

C'est sans doute l'aspect le moins commenté de son parcours, et pourtant il est central. Dès les années 1980, elle rejoint le syndicat des psychiatres d'exercice public, « parce que je ne comprenais pas l'organisation hospitalière et pourquoi on se heurtait régulièrement à des difficultés ». Depuis 1998, elle préside l'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH). Quarante ans à tenir deux fronts à la fois: le soin direct et la défense des conditions dans lesquelles ce soin devient possible.

Il y a là une leçon qui dépasse largement le cadre de la psychiatrie institutionnelle. Dans un paysage où les thérapies brèves, l'hypnose, le neurofeedback cherchent encore leur juste place entre reconnaissance et marginalité, l'engagement pour la structuration du champ n'est pas un luxe militant — c'est une condition de viabilité. Les praticiens qui s'isolent dans la seule relation du cabinet prennent souvent, sans le savoir, le risque de l'épuisement que Rachel Bocher décrit si bien.

Ce que cette trajectoire nous invite à vérifier

Pour le lecteur qui consulte ou qui pratique, trois points méritent attention. D'abord, que la santé mentale des jeunes n'est pas un slogan médiatique mais un indicateur clinique: quand une cheffe de service de 72 ans, héritière d'une tradition hospitalière exigeante, choisit d'en faire le combat de sa vie, c'est que les signaux sont sérieux. Ensuite, que la question des structures — qui soigne, dans quel cadre, avec quels moyens — conditionne directement la qualité de ce qui se joue dans la relation thérapeutique, qu'elle soit médicale ou issue des approches complémentaires. Enfin, que l'engagement collectif, loin de disperser l'énergie, peut devenir un ressort de longévité professionnelle.

À l'heure où la rentrée scolaire s'accompagne, selon plusieurs titres de presse, d'une attention accrue à la santé mentale des élèves, le parcours de Rachel Bocher rappelle une évidence souvent oubliée: derrière chaque jeune qui consulte, il y a aussi des décennies de travail institutionnel — et, parfois, une femme de 72 ans qui continue de se battre pour que ce travail reste possible.